21 nov. 1967 : Alloc. de S. Barat



Allocution prononcée par le R.P. Barat
en réponse au ministre


Je vais essayer de remercier Monsieur le ministre et tout le monde; mais moi-même j’ai pris un papier parce que je n’ai pas l’habitude -surtout comme aujourd’hui-  de parler d’abondance.

Nous avons 600 garçons, dans une maison où tout d’abord doit régner l'esprit de famille.

Est-ce une absurdité ? Non ! La disposition de nos enfants des métiers assez variés, pour répondre à leurs goûts et à leurs aptitudes :

- de former des groupes d’étude assez nombreux pour “mériter” de bons enseignants,

- enfin de leur donner, tant qu’ils le veulent, le maximum de culture qu’ils sont capables d’acquérir.

- je suis heureux, Monsieur le Ministre, de vous dire notre gratitude, au nom de tous les garçons et au nom de tous les cadres qui entourent et instruisent ces garçons.

- ce sera bon pour nos garçons !

- en regardant le passé, ils auraient tant de raisons de douter de l’avenir et de la société ! Ce sera bon qu’ils constatent par leurs propres sens, que les plus hautes autorités de leur pays s’intéressent à leurs personnes, à leur formation et à leur réussite dans la vie.

- pour moi, c’est une joie profonde et un encouragement concret. Je ne saurais trop vous dire ma reconnaissance respectueuse.

Le cadre.

- c’est une petite ville de 800 habitants au milieu d’immenses espaces verts, dans la paix et le calme de la campagne. Vous avez pu voir ce que nous avons réalisé, du moins en partie...

Une salle de sports.

Deux dortoirs neufs.

Une chapelle de 900 places.

Deux salles de jeux pour les grands.

D’immenses terrains de sports.

Des classes.

Des ateliers.

Des maisons pour les professeurs.

Et tout le reste...

L’an dernier nous avons terminé les ateliers de mécanique, de soudure, d’électricité et une école de cuisine.

- Nous mettons en chantier des ateliers de menuiserie, de plomberie et chaussures. Il nous restera à tout entretenir -c’est très lourd- et à prévoir :

- Des salles à manger, modernes et gaies, des salles de jeux, une école de pâtisserie, des classes de technologie, des chambres pour les grands.

- Nous y arriverons j’en suis sûr !

- Mais vous devinez le travail... le prix... le dévouement nécessaire... Surtout le dévouement des cadres.

Les cadres.

- Les cadres ce sont les prêtres, les religieux; les moniteurs, les professeurs et autres employés qui travaillent ici depuis de longues années, qui travaillent dans l’ombre.

- Deux garçons sont entrés à quatorze ans pour être ajusteurs, il y a tout juste 25 ans le 7 octobre 1942. L’un est maintenant prêtre, aumônier et s’occupe des loisirs. Il est là, c’est l’Abbé Maurice Doumain, l’autre est chef d’atelier de mécanique. C’est Monsieur Marcel Vignol, ils ont maintenant quarante ans.

- C’est avec le courage de ces anciens, l’expérience de moniteurs venus de l’extérieur que nous avons lancé cette maison. Depuis plusieurs années des bacheliers, des licenciés ont bien voulu venir nous aider. Je crois que pour eux, au début tout est déconcertant. J’espère qu’ils devineront très vite : que nos garçons qui se sentent si réfractaire aux études -sont attachants et capables d’être éveillés à la culture et de réussir.

- En dehors de l’école Primaire, d’un lycée Technique, d’un C.E.T., d’un C.E.G., en plus, avec les moyens que nous avons trouver pour les éveiller justement à cette culture, c’est le dessin de bâtiment, le dessin de mécanique et ensuite les brevets professionnels. Nous avons essaye cette année une seconde et une première technique préparant au baccalauréat de technicien, la première année qu’il sera organisé... en 1969 nous serons juste à l’heure. Et ceux qui ne réussiront pas l’examen ont déjà un ou plusieurs C.A.P. donc ils doivent y arriver.

- Qui sont ces garçons ?

-Toujours, on me le demande !

_ Ils sont là... je ne peux pas vous dire grand-chose. Mais il y a un ancien, je le disais tout à l’heure à Monsieur le Ministre, cet ancien a trois enfants, il est professeur dans une école technique, sa femme est assistante sociale scolaire. A la fin d’une lettre aux bienfaiteurs il leur disait :

Surtout aimez-vous,

Aidez-vous si vous le pouvez,

Mais sachez que nous n’avons pas besoin de votre pitié.

- Tout ce que je peux vous dire c’est que tous ont un passé douloureux...

- En plus des problèmes qu’ils ont en commun avec les jeunes de leur âge, ils sont = en plus terriblement seuls, marqués profondément par ce manque d’affection, et seuls pour préparer leur situation, leur foyer, leur réussite.

- Votre visite Monsieur le Ministre, sera pur eux un signe d’estime et d’affection, et un sérieux réconfort.

Ce que vous devez savoir, Monsieur le Ministre, c’est que nous avons toujours trouvé dans le département, auprès de toutes les autorités et de tous les services, un accueil efficace et une aide efficace. Je suis heureux, très heureux d’avoir aujourd’hui cette occasion de leur dire notre gratitude.

Cette journée de fête, que nous ne méritons peut-être pas, que nous n’espérions pas, mais dont nous avions tant besoin nous la devons spécialement à Maître Hoguet.

- Son excellence Monseigneur Michon Evêque de Chartres avait accepté d’abord de venir en Père Prier avec nous et pour nous. Bien simplement, il a bien voulu ensuite changer la date pour recevoir monsieur le ministre dignement. Il sait bien notre confiance filiale et notre reconnaissance.

- En résumé, c’est une maison difficile.

- Différence d’âge.

- Des garçons de sept à vingt ans et un peu plus,

- Différence d’aptitudes,

- Métiers nombreux,

- Bâtiments en construction,

- D’autres à construire,

- Les autres à entretenir.

- Mais surtout, il nous faut des cadres et les moyens de donner au point de vue professionnel et humain ce qui lui conviendra et au moment ou il le voudra. Ce qui lui... voudra.

- C’est là le caractère spécifique de la maison, si difficile à comprendre pour ceux qui arrivent ou qui sont seulement de passage. J’ai essayé de vous l’expliquer mais je ne suis pas sûr d’avoir été bien clair.

1 - Des ombres ! Des échecs !

- Oui bien sûr il y en a. J’en ai beaucoup souffert mais tant de réussite, tant de dévouement, tant d’amitié ne peuvent entretenir en nous que l’espérance et la persévérance.

R.P. BARAT

Directeur de l’orphelinat Notre Dame

Maison du Père Brottier.

 

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Présentation

  • : Michel a 14 ans et demi quand il arrive dans cet orphelinat en 1966; il y restera six années et ce sont environ 600 gars comme lui qui vivent entre ces murs... Il écrit plusieurs cahiers et échange de nombreux courriers avec sa famille et ses copains.
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